L'annonce d'un dialogue national inclusif ouvre une nouvelle séquence politique en République démocratique du Congo. Le processus, destiné à consolider la cohésion nationale dans le respect de la Constitution et des institutions, doit encore être encadré par une ordonnance présidentielle précisant ses modalités d'organisation. Avant même de débattre de l'ordre du jour et des participants, une question mérite cependant d'être posée : qui garantira l'application des décisions prises autour de la table ?

L'histoire politique congolaise montre que la signature d'un accord ne garantit pas son exécution. Plusieurs dialogues ont permis de réduire momentanément les tensions, de répartir des responsabilités ou de fixer des calendriers, avant que certains engagements ne soient retardés, réinterprétés ou abandonnés. Le futur processus devra donc éviter de produire une longue liste de recommandations dépourvues de responsables clairement identifiés, de délais précis et de ressources financières.

Des mécanismes de suivi souvent affaiblis

Le Dialogue intercongolais de Sun City avait déjà tenté de résoudre cette faiblesse. Ses résolutions prévoyaient la création d'un organe chargé de suivre leur application et doté du pouvoir de sanctionner les parties agissant de mauvaise foi. Elles sollicitaient aussi l'accompagnement de l'ONU, de l'Union africaine, de la SADC et de l'Union européenne pour soutenir l'exécution des engagements. L'idée était de faire du suivi une composante centrale de l'accord, et non une simple formalité postérieure à sa signature.

L'expérience de l'Accord de la Saint-Sylvestre de 2016 invite toutefois à la prudence. Le Conseil national de suivi de l'accord et du processus électoral, le CNSA, avait reçu la mission de surveiller l'application des engagements politiques et d'évaluer le processus électoral. Mais sa mise en place tardive, les contestations autour de sa composition et son manque d'influence ont progressivement réduit sa capacité d'action. Avec le temps, l'institution a perdu une grande partie de sa visibilité et de son efficacité.

Rendre chaque engagement mesurable et contraignant

Pour éviter ce scénario, le nouveau dialogue devrait adopter une véritable matrice d'exécution. Chaque résolution devrait indiquer l'institution responsable, le délai fixé, le coût estimé, la source du financement et les indicateurs permettant d'en mesurer l'avancement. Un calendrier public, accompagné de rapports mensuels ou trimestriels, permettrait aux citoyens, au Parlement, aux médias et aux participants de distinguer les engagements appliqués de ceux qui restent bloqués.

L'organe de suivi devrait également être indépendant des parties qu'il contrôle. Sa composition pourrait associer les représentants de la majorité, de l'opposition, de la société civile, des confessions religieuses et des populations touchées par la guerre, tout en évitant qu'un seul camp puisse imposer ses décisions. Il devrait pouvoir interpeller les responsables défaillants, publier les violations constatées et saisir les institutions compétentes. Les sanctions prévues devraient rester conformes à la Constitution et ne pas dépendre exclusivement de la volonté du pouvoir exécutif.

Le prochain dialogue sera donc jugé moins sur la solennité de ses discours que sur la solidité de ses garanties. Sans calendrier contraignant, financement assuré, rapports publics et mécanisme de sanction, ses résolutions pourraient rejoindre la longue liste des compromis politiques partiellement appliqués. En revanche, un suivi indépendant et transparent donnerait au processus une chance de produire autre chose qu'une accalmie : des engagements vérifiables et des résultats durables.

Odon Bakumba

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