Le gouvernement congolais a cru pouvoir refermer une crise sociale, les médecins lui ont opposé un démenti immédiat. À l'issue du Conseil des ministres du vendredi 10 juillet 2026, l'exécutif a annoncé un accord avec les syndicats de la santé et la levée de leur mouvement de grève. Quelques heures plus tard, le principal syndicat des médecins affirmait le contraire, procès-verbal rejeté par la base et hôpitaux toujours désertés. Entre le communiqué officiel et le terrain, la fracture est nette, et elle en dit long sur une revendication qui traîne depuis des mois.

La version gouvernementale est détaillée. Présentée au Conseil par le ministre de la Pêche et de l'Élevage, Jean-Pierre Tshimanga Bwana, au nom de son collègue de la Santé alors en mission à Bunia, la note fait état d'un consensus obtenu lors de négociations tenues fin juin au ministère des Finances puis début juillet à celui de la Santé. L'exécutif s'y engage à intégrer la totalité de la paie complémentaire dans l'état liquidatif dès le troisième trimestre 2026, à aligner deux cents médecins, à donner la priorité au secteur de la santé dans la mécanisation de la fonction publique et à régulariser la situation des médecins des régimes particuliers, dans la police, l'armée et l'enseignement supérieur. " Les deux parties se sont engagées à examiner, au mois d'août 2026, la question de l'alignement des autres catégories professionnelles du secteur médical ", précise le compte rendu.

Le Syndicat national des médecins, le SYNAMED, a balayé cette présentation. " Il n'y a pas eu de levée de la grève ", a tranché le docteur Patrick Boloko, secrétaire exécutif provincial de Kinshasa, dans un entretien accordé à Actualité.cd. " Aujourd'hui, il fallait consulter la base. La base a été consultée et elle a rejeté en bloc ce procès-verbal. Elle maintient donc la grève sous le format hôpitaux sans médecins ", a-t-il ajouté, tout en se disant ouvert au dialogue. Le syndicat pointe un vice de forme lourd, l'absence de signature des ministres capables d'engager financièrement l'État, ceux du Budget et des Finances, ce qui prive l'accord de toute garantie budgétaire.

La contradiction s'explique en partie par un malentendu sur les acteurs. La levée a été annoncée par la coordination de l'intersyndicale de la santé, qui regroupe médecins, infirmiers et paramédicaux. Or, comme le souligne le SYNAMED, plusieurs de ces catégories n'étaient pas en grève. " De toute la délégation, seul le SYNAMED était en grève. Les autres étaient composés des syndicats des infirmiers et des paramédicaux qui, du reste, ne sont pas en grève ", relève le docteur Boloko. Autrement dit, l'intersyndicale a pu proclamer la fin d'un mouvement que le corps médical, seul réellement mobilisé, ne reconnaît pas.

Sur le terrain, le constat corrobore les médecins, pas le communiqué. À Kinshasa, la radicalisation de la grève, baptisée hôpitaux sans médecins et en vigueur depuis le 7 juillet, continue de paralyser les services, y compris les urgences, contraignant des patientes enceintes à être refoulées vers un secteur privé plus coûteux. Le SYNAMED juge par ailleurs dérisoire l'offre gouvernementale, réclamant l'alignement d'au moins huit cents médecins quand l'État en promet deux cents, et rappelant qu'aucun alignement n'a eu lieu depuis le début de l'année.

Le nœud du dossier tient dans un mot, la promesse. L'engagement d'intégrer la paie complémentaire au troisième trimestre 2026 n'est pas nouveau, il figurait déjà dans un accord de mars, comme dans une série de protocoles signés en 2024 et 2025 à chaque suspension de grève. Cette répétition nourrit la défiance, chaque annonce d'accord butant sur le même écueil, la distance entre l'engagement et son exécution. Les médecins réclament désormais un chronogramme précis et la signature des argentiers de l'État, faute de quoi ils considèrent que rien n'est acquis.

L'épisode fait écho, à l'autre bout du pays, à la colère des soignants de la riposte Ebola en Ituri, eux aussi en grève pour des primes impayées. Les trois provinces de l'Est, engagées dans la lutte contre l'épidémie et les groupes armés, sont d'ailleurs exemptées du mouvement des médecins. Partout, la même matrice se répète, des soignants qui travaillent sans être payés et un État qui promet plus qu'il ne verse. Tant que la paie ne suivra pas les procès-verbaux, la levée de la grève restera, elle aussi, une annonce.

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