Le décor est presque trop parfait. Ce jeudi 16 juillet 2026, Luanda ouvre un sommet international consacré à " un appel à la paix, la fin des guerres et le respect du droit international ". Félix Tshisekedi y est attendu, et selon le journaliste Stanis Bujakera, le président angolais João Lourenço l'a reçu en fin de matinée, en marge de la rencontre. Ni la présidence congolaise, ni la présidence angolaise, ni l'agence Angop n'ont confirmé cette audience à cette heure, et rien n'a filtré du contenu des échanges. Mais la symbolique du lieu, elle, dit déjà beaucoup.

Le rendez-vous n'est pas un sommet ordinaire. Il s'agit du troisième chapitre de l'initiative " A Call for Peace ", portée par l'Alliance des civilisations des Nations unies en collaboration avec le gouvernement angolais, après Gernika en Espagne et Sarajevo en Bosnie-Herzégovine. La journée du 16 juillet, ouverte par João Lourenço, réunit notamment le Haut Représentant de l'Alliance, Miguel Ángel Moratinos, et le président de la Commission de l'Union africaine, Mahamoud Ali Youssouf, avant des tables rondes le lendemain. Luanda a été choisie, explique l'organisation, parce que la ville " reflète le parcours du pays, du conflit vers la réconciliation, la construction institutionnelle et une paix durable ".

La participation congolaise avait été annoncée par un canal remarqué. Le 10 juillet, l'ambassadeur itinérant Antoine Ghonda a remis à Luanda la réponse écrite de Félix Tshisekedi, non pas à Lourenço lui-même, mais au ministre angolais des Relations extérieures, Tete António. Un détail que l'opposant Jean-Marc Kabund n'a pas manqué de relever. " En diplomatie, un message d'un chef d'État destiné à son homologue est généralement transmis par un envoyé spécial. Lorsqu'il est remis à un autre responsable, notamment au ministre des Affaires étrangères, cela relève d'un choix ou d'une procédure diplomatique dont la portée politique peut être interprétée ", a-t-il écrit. Après Luanda, le chef de l'État congolais doit rejoindre les États-Unis pour présider une réunion du Conseil de sécurité, dont la RDC assure la présidence tournante ce mois-ci.

L'ironie du calendrier saute aux yeux. Ce sommet sur le respect du droit international se tient trois semaines après que Kinshasa a saisi la Cour internationale de justice contre le Rwanda, précisément pour violations de conventions internationales. Il se tient surtout au lendemain du 15 juillet, date à laquelle l'échéance espérée par Washington pour un retrait des forces rwandaises de l'est de la RDC a expiré sans le moindre effet, tandis que l'AFC/M23 continue de progresser au Sud-Kivu. À Luanda, on parlera de la fin des guerres. À mille kilomètres de là, la guerre, elle, ne s'arrête pas.

Reste la question qui donne son sel à cette visite, celle du rôle réel de l'Angola. Pendant trois ans, Luanda fut le centre de gravité diplomatique de la crise, João Lourenço portant le processus qui devait réconcilier Kinshasa et Kigali. Ce processus a buté sur les défections, sommet RDC-Rwanda annulé fin 2024, réunion avec l'AFC/M23 avortée en mars 2025. Dans la foulée, en mars 2025, l'Angola s'est retiré de la médiation, invoquant sa présidence de l'Union africaine, et c'est le Togolais Faure Gnassingbé qui a été désigné médiateur en avril. Les grands accords se sont ensuite signés ailleurs, à Doha sous égide qatarie et à Washington sous égide américaine, Lourenço n'assistant à la signature de décembre 2025 qu'au titre de président en exercice de l'Union africaine, fonction qu'il a depuis cédée au Burundais Évariste Ndayishimiye.

L'Angola n'a pourtant pas disparu de l'équation, il a changé de casquette. Chargé début 2026 de consultations en vue d'un dialogue intercongolais, Lourenço peine à les faire avancer, buttant sur le format et la liste des participants. Selon la presse congolaise, ses frustrations sont réelles et il semble passer le relais au duo formé par Denis Sassou Nguesso et Évariste Ndayishimiye. En janvier déjà, à l'issue d'une audience à Luanda, Félix Tshisekedi saluait un " homme d'initiatives " et évoquait des propositions " très intéressantes " qui ne s'écartaient pas des processus de Washington et de Doha mais visaient à les compléter. Six mois plus tard, ces propositions n'ont rien produit de visible.

Ce qui reste à l'Angola, en revanche, est solide et se compte en tonnes de cuivre. Le 10 juillet, le Conseil des ministres congolais a approuvé la concession du tronçon congolais du corridor de Lobito au groupe Mota-Engil, ouvrant la voie à l'évacuation des minerais du Katanga vers le port angolais, projet adossé à un financement de 753 millions de dollars, dont l'essentiel vient de l'agence américaine de développement. Voisin, ex-médiateur écarté et partenaire économique dont Kinshasa ne peut plus se passer, l'Angola tient désormais la RDC par le rail plus que par la diplomatie.

Luanda offre donc à Félix Tshisekedi une tribune, à défaut d'une solution. Dans une ville qui exhibe son propre passage de la guerre à la paix, le président congolais viendra plaider une cause que ni les accords ni les ultimatums n'ont fait avancer. Le décor est celui de la réconciliation. Le scénario, lui, reste à écrire.

The post Tshisekedi à Luanda pour un sommet sur la paix, chez un Angola qui n'est plus médiateur appeared first on BETO.



Source : https://beto.cd/tshisekedi-luanda-sommet-paix-angola-lourenco/