Le Centre des opérations d'urgence de santé publique (COUSP), qui coordonne la riposte pour le ministère de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, publie en accès libre sur le site de l'Institut national de santé publique (INSP) son bulletin hebdomadaire d'analyse des tendances infodémiques Ebola. Version 1.0, datée du 28 juillet, la note couvre la semaine du 20 au 26 juillet et porte en couverture la mention " usage interne / riposte ". Elle agrège 353 contributions de trois natures : 320 appels reçus au centre d'appel de la riposte, 26 verbatims recueillis dans les communautés et 7 contenus médiatiques uniques, sept blocs dupliqués ayant été écartés de l'analyse. Rien de tout cela ne constitue un constat clinique, et le document le rappelle au bas de chaque page : " Les signaux rapportés ne constituent pas des cas confirmés. "
Ce que la population demande à la riposte tient en quatre chiffres. Sur les 320 appels, 125 portent sur la prévention, 85 sur les symptômes et 56 relèvent de la demande d'information générale, des compteurs que le bulletin signale comme parfois multilibellés et non cumulatifs. Il enregistre 63 alertes sur la semaine et désigne comme " point critique " 43 alertes portant sur l'objet prise en charge. " Le volume massif d'appels confirme un besoin critique de clarification sur les mécanismes de la maladie ", écrit le Centre des opérations d'urgence. La protection et la reconnaissance des symptômes arrivent ainsi en tête de ce que la population demande au centre d'appel. Les verbatims communautaires disent la même tension. Le bulletin relève neuf retours centrés sur la confiance envers les centres de traitement Ebola (CTE) et la qualité des soins, cinq mentions de difficultés d'adhésion aux mesures barrières, cinq signaux de déni ou d'instrumentalisation et quatre liés aux croyances religieuses. Ce décompte n'épuise pas les 26 verbatims et ne s'additionne pas : le document signale des chevauchements possibles. " La perception de la prise en charge médicale reste le pivot central des feedbacks communautaires et des alertes ", souligne le bulletin.
Une réserve accompagne ces volumes. Les appels se répartissent en 296 émis par des hommes pour 24 par des femmes. Le bulletin n'avance aucune explication de cet écart, qui ne dit rien de l'exposition au virus, et précise que ses statistiques comptent les appels, pas les appelants uniques.
Cinq provinces, deux niveaux critiques
Le classement de risque ne suit pas le volume d'appels. L'Ituri et le Sud-Kivu sont placés en niveau critique, le Nord-Kivu et la Tshopo en niveau élevé, le Haut-Uélé en modéré. L'Ituri concentre 32 appels et 4 alertes, la Tshopo 12 appels et 2 alertes avec des signaux symptomatiques sévères rapportés à Basoko et Yahuma, le Haut-Uélé 6 appels et une alerte à Isiro, le Nord-Kivu 2 appels et aucune alerte. Le Sud-Kivu n'a produit aucun appel. Additionnés, les appels que le bulletin ventile entre ces cinq provinces prioritaires en totalisent 52. Le document ne publie pas de répartition géographique des 320 appels de la semaine.
Le niveau critique attribué au Sud-Kivu repose sur un seul élément : le signalement d'un contact à haut risque symptomatique rapporté caché chez un tradipraticien, dans la zone de santé de Kaziba. " Le niveau critique du Sud-Kivu repose sur un signal communautaire unique ", rappelle le document, qui range l'information parmi les alertes opérationnelles à lever et réclame une " vérification terrain avant toute action épidémiologique ". La prudence vaut en sens inverse pour le Nord-Kivu, classé en niveau élevé sur un signal médiatique de résistance communautaire et des contraintes d'accès, avec deux appels seulement au compteur : " Analyse basée sur un volume d'appels très faible ", indique le bulletin.
Deux thèmes reviennent dans les trois sources à la fois. Le premier est le délai de rendu des résultats de laboratoire, objet de plaintes répétées de la communauté, avec un signal médiatique sur des retards de restitution dans la zone de Mambasa et des alertes opérationnelles à Bunia, à l'ISP et à Kigonze. " La frustration liée à l'attente alimente le doute sur l'efficacité des services de diagnostic ", écrit le COUSP. Le second est la défiance : selon le document, des rumeurs persistantes qualifient la riposte de " business " lucratif au détriment de la population, et le déni de la maladie entrave l'accès aux soins. Parmi les contenus médiatiques retenus figure aussi l'annonce d'un service minimum à Nia-Nia, que le bulletin lit comme le signe de " tensions opérationnelles " sur la continuité des soins ; il s'agit du service minimum décidé par les cliniques privées de la cité. Le document précise que ces contenus sont des signaux secondaires à vérifier et ne constituent pas des faits confirmés.
Ce que la riposte se donne à faire
Le document ne s'arrête pas au diagnostic. Il ouvre sa liste d'actions immédiates par la sécurisation du personnel à Lita, où un délégué du CREC est rapporté retenu contre son gré, et par le déclenchement de la vérification des deux signaux critiques, à l'ISP de Bunia et à Ngali-Kaziba. Sous vingt-quatre heures, il demande d'" organiser une restitution traçable des résultats de laboratoire pour réduire les délais et la méfiance " à Bembeyi, Bunia et Kigonze, de rétablir l'approvisionnement en chlore et la capacité de décontamination à Bunia, d'activer un transport sanitaire ponctuel à l'ISP et à Kigonze et de prendre en charge une préoccupation obstétricale signalée. Suivent, à 72 heures, le déploiement d'équipements de protection à Katwa et Rwambuzi et l'intensification du dialogue local à Muzibala. Dans la semaine, le bulletin veut apurer les retards de paiement à Bunia, Lita et Katwa pour " éliminer tout risque de rétention des données " par les agents, réarmer en supports et en crédits de communication les relais communautaires de Bembeyi, Tsere et Katwa, et intégrer systématiquement les leaders locaux aux actions de prévention.
Une ligne de cette feuille de route relève d'allégations que le document lui-même classe à lever avant tout usage. Le COUSP recommande ainsi de " vérifier les allégations de frais d'inhumation illégaux pour restaurer la confiance " à Bunia et Kigonze, dans le même mouvement qu'il demande de répondre aux doutes exprimés sur les soins en CTE. La formulation est un ordre de vérification, pas un constat.
Le bulletin borne enfin sa propre portée, sur une page entière consacrée à ses limites. " Absence totale de données épidémiologiques de référence pour corrélation ", énumère le COUSP, qui signale aussi qu'aucune donnée de la semaine précédente n'était disponible pour calculer une variation, que certaines alertes sont multilibellées et non exclusives, et que le dénominateur communautaire se restreint aux 26 verbatims datés du tableau source. Aucune tendance temporelle n'en est tirée.
Ces signaux se lisent sur un fond épidémique que le même centre documente dans ses rapports de situation. Le rapport de situation arrêté au 30 juillet porte le cumul à 3 605 cas confirmés et 1 587 décès, soit une létalité de 44,0 %, dans 49 zones de santé sur 140 réparties entre cinq provinces. Le suivi des contacts y est mesuré à 75,3 %. Contre la souche Bundibugyo en cause, aucun vaccin homologué ni traitement spécifique n'existe à ce jour : un essai clinique de phase 1 a démarré le 24 juillet, première étape d'évaluation de l'innocuité d'un candidat, très en amont de tout usage sur le terrain. La prévention et la détection précoce restent donc les outils disponibles à grande échelle. Ce sont aussi les deux premiers objets d'appel de la semaine, avec 125 et 85 appels, deux compteurs que le bulletin dit non cumulatifs.
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