Réunis à Gaborone du 24 au 26 juillet 2026, l'Union africaine, la SADC et le gouvernement du Botswana ont adopté une feuille de route et un plan d'action opérationnel couvrant la période de juillet à décembre 2026. Le communiqué du département Paix et Sécurité de l'Union africaine en donne l'architecture : sept axes de travail, allant de la coordination et du conseil stratégique à l'analyse politique, aux questions militaires et sécuritaires, à l'accès humanitaire, au dialogue avec les groupes armés, à la coopération économique régionale et à l'engagement de la société civile. La rencontre visait à unifier des médiations éparpillées.
Une seule date figure dans le dispositif : la prochaine session de harmonisation, prévue à Arusha, en Tanzanie, avant la fin de 2026. Les sept axes n'ont ni échéance intermédiaire publiée, ni cible chiffrée, ni indicateur.
Sept semaines plus tôt, à Lomé, une autre feuille de route
Le 8 juin 2026, le médiateur désigné de l'Union africaine, Faure Essozimna Gnassingbé, président du Conseil du Togo, présidait à Lomé l'adoption d'une feuille de route pour le second semestre 2026. Ses orientations recoupent celles de Gaborone : renforcement de la coordination entre le Bureau du médiateur, le panel des facilitateurs, la Commission de l'Union africaine et le Secrétariat conjoint indépendant, structuration de la contribution africaine aux processus de Washington et de Doha, intensification de la coopération entre États et organisations, ajustement des plans de travail du panel pour le second semestre.
La réunion de Lomé, du 7 au 9 juin, portait le titre de bilan semestriel de la médiation. Elle réunissait déjà Catherine Samba-Panza, ancienne présidente de la République centrafricaine, et Sahle-Work Zewde, ancienne présidente de l'Éthiopie, avec des représentants de la Communauté d'Afrique de l'Est, de la SADC et de la CIRGL. L'objectif affiché de la structuration de la contribution africaine y était formulé ainsi : " renforcer l'appropriation par les acteurs concernés, d'accroître leur légitimité et de faciliter leur mise en uvre ".
Deux feuilles de route pour le même processus, adoptées à sept semaines d'intervalle, par deux formations qui se recoupent. À Gaborone, le médiateur était représenté par le ministre togolais Yackoley Kokou-Johnson. Le panel des facilitateurs compte cinq anciens chefs d'État : Olusegun Obasanjo, qui le préside, Sahle-Work Zewde, Mokgweetsi Masisi, Catherine Samba-Panza et Domitien Ndayizeye.
Ce que les six mois précédents ont produit
Le précédent semestre offre un point de comparaison mesurable. L'accord conclu à Doha le 14 octobre 2025 institue un mécanisme conjoint de vérification élargi du cessez-le-feu, chargé de " surveiller, enquêter et rendre compte des violations du cessez-le-feu ". Ce mécanisme est resté sans activité pendant six mois. Son opérationnalisation formelle n'est intervenue que le 14 avril 2026, lors des pourparlers de Montreux, en Suisse.
Fin avril, trois questions restaient ouvertes : le financement, la désignation incomplète des membres par les deux parties, et l'accès sécurisé à travers les lignes de front, notamment autour du territoire de Minembwe, au Sud-Kivu. Les trois officiers des FARDC affectés au mécanisme, le lieutenant-colonel Cosmas Ben Epule et les majors Fredy Lokuli Bofanda et André Kitoko Dimonekene, ne sont arrivés à Goma que le 13 juillet 2026, accompagnés de la représentante spéciale adjointe des Nations unies, Vivian van de Perre. Neuf mois après Doha.
Pendant ces neuf mois, l'armée congolaise et l'AFC/M23 ont continué de s'accuser mutuellement d'attaques contre les civils, et Human Rights Watch a documenté les crimes du M23 et de l'armée rwandaise. Le directeur de l'organe Politique, Défense et Sécurité de la SADC, Kula Ishmael Theletsane, l'a reconnu à Gaborone en énumérant ce qui commande la nouvelle séquence : " l'escalade des défis sécuritaires, les violations persistantes des accords de cessez-le-feu, la détérioration de la situation humanitaire et l'émergence de problèmes de santé publique exigent un engagement renouvelé et une coordination institutionnelle renforcée entre toutes les parties prenantes ". Il a redit dans le même temps que " La SADC réaffirme son engagement à soutenir les efforts régionaux visant à rétablir la paix et la sécurité dans l'est de la RDC ".
Une architecture de coordination pour un conflit de trente ans
Sur les sept axes publiés, quatre portent sur la coordination des institutions et trois sur le terrain. Le Secrétariat conjoint indépendant doit appuyer l'engagement du médiateur de l'Union africaine auprès des parties et renforcer la coordination avec les processus internationaux. Le cadre adopté le 26 juillet prévoit une mise en uvre mesurable, des comptes rendus réguliers, une analyse conjointe et une présence de terrain. Les processus de Washington et de Doha, conduits hors du continent, y sont traités comme des interlocuteurs à articuler, non comme des cadres à remplacer.
Cette architecture s'applique à une crise que l'Agence Ecofin résume ainsi : " La crise dans l'Est de la RDC, l'un des conflits les plus meurtriers d'Afrique, dure depuis plus de trente ans ". Les participants de Lomé appelaient en juin à une " mobilisation collective des États de la région, de l'Union africaine et de l'ensemble des partenaires internationaux ", quand les sanctions décidées jusque-là n'ont pas mordu.
Ce qui manque
Le texte intégral de la feuille de route de six mois n'est pas publié depuis son adoption à Gaborone le 26 juillet. Seuls les intitulés des sept axes sont connus, sans cible, sans indicateur, sans budget. Le plan d'action opérationnel qui l'accompagne n'a fait l'objet d'aucune diffusion, pas plus que celui de Lomé du 8 juin.
Aucune échéance datée n'est attachée aux sept axes. La session d'Arusha, avant la fin de 2026, reste le seul rendez-vous vérifiable du dispositif.
Le financement du mécanisme conjoint de vérification n'est pas bouclé neuf mois après l'accord de Doha du 14 octobre 2025, alors qu'il conditionne la capacité d'enquêter sur les violations que la feuille de route entend faire cesser. Le premier test tiendra donc en une question simple : d'ici Arusha, le mécanisme aura-t-il rendu public un seul rapport d'enquête sur une violation du cessez-le-feu.
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