À la page 16 du bulletin mensuel d'informations statistiques de la Banque centrale du Congo de février 2026, un tableau porte le titre " TABLEAU I.16 : INDICE NATIONAL DES PRIX A LA CONSOMMATION DES MENAGES ETABLI PAR L'INS ". Juste dessous, entre parenthèses, la base de calcul : " ( Décembre 2011 = 100 ) ". La même mention coiffe cinq autres tableaux consécutifs du même bulletin. L'indice national y vaut 482,50 à la quatrième semaine de février 2026, contre 464,36 fin décembre 2024. Les prix congolais de 2026 sont donc mesurés à l'aune d'un panier de biens et d'une structure de dépenses arrêtés il y a quinze ans.

Le chiffre d'inflation que citent le gouvernement, la Banque centrale et le Fonds monétaire international repose sur cette base.

Le détail des pondérations figure dans le rapport annuel 2024 de la Banque centrale, page 121, tableau construit " sur base des données de l'Institut National de la Statistique ". L'alimentation y pèse 70,02 % du panier. Le logement, l'eau, le gaz et l'électricité, 3,80 %. Les transports, 4,42 %. La santé, 1,96 %. L'enseignement, 1,03 %. Les communications, 0,48 %. Ces cinq postes réunis pèsent 11,69 %, soit un sixième de l'alimentation seule.

Le même tableau donne la déformation à l'état pur. La fonction logement, eau, gaz et électricité affiche fin 2024 un indice de 1 113,72 pour une base 100 en décembre 2011 : le poste dont les prix ont le plus augmenté, plus de onze fois, est aussi l'un des moins pondérés du panier.

Une dernière ligne du bulletin de février 2026 mérite d'être lue. Les six tableaux d'indice renvoient tous à un appel de note numéroté (1). Cette note, page 19, dit : " (1) Base : décembre 2014 = 100 à partir de janvier 2011 ". Elle contredit les en-têtes qu'elle est censée éclairer, et se contredit elle-même, une base de décembre 2014 ne pouvant pas s'appliquer à partir de janvier 2011. Le seul renvoi méthodologique attaché aux tableaux d'inflation de la banque centrale est faux.

Ce que le panier ne voit pas

Les communications comptent pour 0,48 % du panier congolais. L'Autorité de régulation de la poste et des télécommunications recensait 73,9 millions d'abonnements mobiles au quatrième trimestre 2025, et faisait venir 55 % du chiffre d'affaires du secteur de l'internet. Les comptes de monnaie électronique sont passés de 46 à 52 millions au cours de la seule année 2024, selon la Banque centrale. La proportion de Congolais détenant un compte est passée de 3,70 % en 2011 à 39,21 % en 2024, selon la base Findex de la Banque mondiale.

En décembre 2011, le Congolais moyen n'avait ni compte ni portefeuille mobile. Aujourd'hui deux sur cinq en ont un. Le panier n'a pas bougé.

Reste la question que les documents publics n'abordent nulle part : comment l'Institut national de la statistique traite les prix affichés en dollars, dans une économie où 90 % des dépôts bancaires et 97 % des crédits sont libellés en devises. Aucune note méthodologique accessible ne le dit.

Un engagement pris, sans calendrier

Le gouvernement a reconnu le problème, une fois, publiquement. Le 12 février 2026, en présentant à Kinshasa le rapport de l'enquête sur les conditions de vie des ménages, le ministre d'État au Plan Guylain Nyembo a énuméré les usages attendus de cette enquête, dont " Réviser les pondérations de l'Indice Harmonisé des Prix à la Consommation (IHPC) ". L'enquête a été menée d'août à novembre 2024, plus de 50 000 enquêteurs ont interrogé plus de 20 000 ménages, avec l'appui financier de la Banque mondiale. La précédente datait de 2012, " soit plus de 12 ans après la publication du dernier rapport ". Aucun calendrier ni aucun financement n'a été annoncé pour la révision des pondérations elle-même.

Le Fonds monétaire international, lui, n'a rien réclamé sur ce terrain. Son rapport de janvier 2026 annonce bien qu'" INS will update the base year to 2022 ", mais l'annexe et le mémorandum du gouvernement établissent que ce rebasage vise les comptes nationaux, avec une échéance de fin décembre 2026. L'indice des prix n'apparaît dans le rapport que comme une série à transmettre, " 30 Consumer price index INS Weekly 5 ". En 2019, le Fonds estimait déjà que " Data provision is broadly adequate for surveillance ".

La comparaison régionale ne fait pas de la RDC une exception isolée. Le Kenya a rebasé son indice en février 2019 sur une enquête de 2015 et 2016, l'Ouganda sur une enquête de 2016 et 2017, le Rwanda en février 2014, la Zambie en 2009. Le Congo-Brazzaville publie une base 2018 assise sur des pondérations de 2011. Ce qui distingue Kinshasa n'est pas l'ancienneté, c'est l'opacité : l'origine des pondérations congolaises n'est publiée nulle part, et l'Institut national de la statistique n'a pas de site accessible, insrdc.cd affichant " SITE EN CONSTRUCTION " et ins-rdc.org renvoyant une erreur 403 au 17 août 2026. La Banque mondiale attribuait à la RDC un score de performance statistique de 46,3 sur 100 en 2024, contre 73,4 au Kenya.

Un indice de prix n'est pas un objet de laboratoire. Il fixe la cible d'inflation que la Banque centrale poursuit, 3,5 % pour 2026 alors que le cumul atteignait déjà 6 % à la fin juillet. Il sert d'argument dans chaque négociation sur le salaire minimum et sur la rémunération des agents de l'État. Il commande la lecture que les bailleurs font du pays. Trois textes le tiennent aujourd'hui : deux en-têtes de tableau, une note de bas de page erronée, et une promesse ministérielle sans date.

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