Les travaux préparatoires du budget 2027 ont atteint 90 % à Bibwa. Au même moment, l'État congolais a lancé en quinze jours trois chantiers d'ampleur nationale dont aucun n'a été chiffré publiquement. Le rapprochement des deux faits pose une question simple : que contiendra l'avant-projet pour des engagements dont personne ne connaît le coût ?
Le dialogue national, un processus sans budget annoncé
Le 27 août, le chef de l'État a lancé le processus du dialogue national. L'architecture décrite est précise : deux ordonnances successives, un comité d'organisation, une commission préparatoire, des consultations dans les vingt-six provinces, puis des assises nationales à Kinshasa, le tout plafonné à trois mois.
Aucun budget n'a été annoncé, ni plafond de dépenses, ni ligne de financement, pour un processus qui suppose l'organisation de forums dans vingt-six chefs-lieux. Le contenu du dialogue a été détaillé dans l'adresse à la nation, son coût non.
Le plan Ebola, adopté sans chiffre public
Le 28 août, le Conseil des ministres a adopté un nouveau plan multisectoriel de préparation et de riposte à la maladie à virus Ebola, souche Bundibugyo. Il intègre les principes " Une seule santé ", une stratégie centrée sur les villages, la sécurisation du corridor fluvial du fleuve Congo, ainsi que les volets humanitaire et éducatif.
Là encore, aucun montant n'a été communiqué. Or l'épidémie totalise désormais 6 100 cas confirmés et 2 950 décès au 30 août, dans six provinces et cinquante-six zones de santé. La riposte s'appuie de surcroît largement sur des acteurs extérieurs : Médecins sans frontières indique gérer un tiers de l'ensemble des lits disponibles.
La guerre, la ligne que personne ne détaille
Le troisième poste est le plus ancien et le moins documenté. Le pays finance un effort de défense dans des provinces partiellement occupées, tout en participant à deux processus diplomatiques, à Washington et à Doha. La question de l'arbitrage entre dépenses sécuritaires, masse salariale et investissements sociaux se posait déjà avant ces deux nouvelles charges.
Du côté des recettes, la contrainte est connue. Nous avions posé la question : les recettes suffisent-elles à couvrir les urgences de l'État ? Une part de l'assiette échappe d'ailleurs à l'administration, comme le montre l'or de l'Ituri, dont l'écoulement vers l'Ouganda est évalué jusqu'à 800 millions de dollars par le groupe d'experts des Nations unies.
Ce que l'avant-projet devra trancher
Un budget est un document d'arbitrage. Il ne dit pas seulement ce que l'État veut faire, il dit ce qu'il renonce à faire. Les coupes attendues dans les arbitrages se feront donc sous une contrainte alourdie de deux charges nouvelles, dont l'une est bornée à trois mois et l'autre suit une courbe épidémique que personne ne maîtrise.
Le chef de l'État a lui-même désigné, dans son adresse du 27 août, la faiblesse historique des engagements congolais : des " moyens insuffisamment identifiés " et des mécanismes de suivi trop faibles. Il a promis une matrice précisant, pour chaque engagement, l'institution responsable, le calendrier et les résultats attendus.
Trois documents permettraient de vérifier cette promesse. Le coût du dialogue national et sa ligne d'imputation. Le budget du plan multisectoriel Ebola et la part financée par les partenaires. Et l'inscription de ces deux postes dans l'avant-projet de budget 2027, qui doit être transmis au Parlement à la session de septembre. Aucun de ces trois documents n'est public à ce jour.
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